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“J'admire les femmes entrepreneuses qui investissent dans d'autres femmes et qui sont déterminées.”

Rencontre avec l’entrepreneuse du mois : Leen Segers, de l’entreprise technologique des médias Lucidweb

Et si les entreprises n’avaient pas seulement un site web en 2D, mais aussi unsite visualisable en 3D avec un casque? Telle est la mission de Leen Segers, 39 ans, qui, avec son entreprise Lucidweb, veut rendre la technologie de la réalité virtuelle aussi accessible que possible.   

Leen nous rejoint sur Zoom depuis son bureau à Bruxelles, au Botanique. Comme pour beaucoup en cette période de coronavirus,elle ne travaille qu’au bureau et reste chaque jour en contact virtuel avec les membres de son équipe qui ne travaillent qu’à domicile. Pour la fondatrice de Lucidweb, se déplacer dans des espaces virtuels n’a rien de hors du commun : avec sa société mediatech, Leen se dédie exclusivement à la distribution de contenus en réalité virtuelle (RV). « J’ai travaillé dans le monde de la technologie des médias pendant 13 ans, notamment à Londres, et c’est là que je me suis spécialisée dans la distribution de vidéo en ligne », explique Leen. « À un moment donné, je suis entrée en contact avec la technologie de la RV. La première fois que j’ai mis un casque et que j’ai plongé dans un espace virtuel, j’ai immédiatement ressenti des papillons dans l’estomac. J’avais déjà commencé à m’intéresser de près à la création de ma propre start-up technologique et je cherchais un défi à relever dans ce secteur. J’ai immédiatement senti qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire dans le domaine de la distribution de la RV. »   

Du rêve à la réalité   

Le nom « Lucidweb » fait référence au« rêve lucide » : un état de rêve dans lequel vous ne savez pas exactement si vous êtes éveillé ou endormi. « C’est exactement ce que fait la RV », explique l’entrepreneuse. « Vous êtes téléporté dans un autre monde. La deuxième partie de notre nom fait référence à l’accent que nous mettons sur le web en tant que plateforme de distribution. » Leen a co-fondé Lucidweb en 2017. « Le secteur de la RV n’était alors encore qu’une niche », dit-elle. « Grâce à l’accompagnement du programme d’accélérateur imec.istart, nous avons pu nous lancer immédiatement. Nous avons reçu une injection de capital de 50 000 euros et avons été encadrés par des coachs pendant toute une année, ce qui donne beaucoup de confiance quand on lance son entreprise. L’expertise dont disposent les coachs et les investisseurs pour lancer et développer une entreprise en Belgique et en Europe a été très importante pour moi. J’avais engrangé une grande expérience du monde des start-up et de l’entrepreneuriat à Londres, mais leurs systèmes RH et les investissements des business angels fonctionnent différemment. Imec.istart m’a très bien accompagnée. J’ai d’ailleurs toujours des nouvelles de mon coach tous les mois, même si cela fait plusieurs années que nous avons participé au programme d’accélération. »   

Cinéma en ligne   

La crise sanitaire a durement touché le secteur du cinéma. En raison de la fermeture des salles de cinéma et de l’impossibilité d’organiser les festivals de films, le secteur cinématographique a dû faire preuve de créativité pour distribuer ses produits. Arrive Lucidweb. « Nous avons imaginé une solution pour les festivals de cinéma afin que tout leur catalogue de films puisse être visionné en ligne sur trois appareils différents : ordinateur de bureau, téléphone portable et casque. C’est ce que nous avons fait pour le MyFrenchFilmFestival début 2021, par exemple. » Les festivals de cinéma sont actuellement les plus gros clients de Lucidweb, mais l’entreprise travaille également pour des institutions culturelles et permet le journalisme immersif — le reportage d’actualités via la RV — pour la VRT. « Le prochain secteur sur lequel nous allons nous concentrer est celui des expériences de voyage. Avec Lucidweb, nous voulons nous concentrer sur les entreprises qui souhaitent atteindre leur public de différentes manières. Habituellement, cela se fait en 2D, mais si vous voulez vraiment innover, vous devez opter pour la 3D. »   

En route vers une société hybride   

Certaines entreprises prospèrent grâce auxcrises telles que celle de la pandémie de coronavirus. Lucidweb est l’une d’entre elles : « Le coronavirus a réellement permis une accélération au sein de notre entreprise », explique Leen. « Pendant le premier confinement, nous avons fait passer l’équipe au chômage temporaire pour qu’elle puisse souffler un peu par rapport à ce qui se passait. Mais à l’été 2020, nous étions de nouveau opérationnels et nous avions beaucoup de demandes de festivals de cinéma. Je n’ai pas le sentiment que ce sera fini après ; je pense que nous sommes plutôt en route vers une société hybride : s’il n’est pas possible de se rencontrer physiquement, alors les nouvelles technologies, comme celles de Lucidweb, prendront le relais. C’est une dynamique que constatons très clairement à travers nos revenus et les demandes qui nous parviennent. »   

Malgré les succès, Leen constate également unecertaine pression sur elle-même en tant que femme entrepreneur. Il y a (trop) peu de femmes qui travaillent dans son secteur et elle estime qu’elle a un rôle de modèle à remplir. « J’admire les femmes entrepreneurs qui investissent dans d’autres femmes et qui font preuve d’une grande persévérance. Vous ne devez pas vous attarder sur vos doutes ou sur des questions qui semblent insolubles. Vous devez partir du principe que, grâce aux succès que vous allez remporter, tout se résoudra de lui-même. » Leen cite l’exemple de l’entrepreneuse et ingénieure Dame « Steve » Shirley qui, dans les années 1960, s’est fait passer pour un homme et a dirigé une équipe de 300 ingénieures qui se faisaient également passer pour des hommes. Leurs clients n’avaient pas été informés que les codeurs travaillant pour eux étaient en fait des femmes. « De cette façon, elle a pu retourner à son avantage l’unconscious gender bias de manière créative. La persévérance est fondamentale ! »   

En réunion avec des crocodiles et des perroquets   

Même si Leen et son équipe de 11 personnes travaillent tous les jours dans et autour d’espaces virtuels, la collaboration physique au bureau lui manque aussi. « Je me rends d’autant plus compte maintenant que j’aimais pouvoir saluer tout le monde au bureau le matin et discuter avec mes collègues pendant la journée à la machine à café. Heureusement, nous parvenons à maintenir l’ambiance et nous nous réunissons tous les vendredis après-midi dans le cadre d’un “hubsmeeting” : une réunion dans un espace virtuel où nous sommes tous des avatars. Mes collègues sont alors des perroquets et des crocodiles, et nous pouvons ainsi terminer la semaine de manière ludique dans un monde — bien sûr — virtuel. »         

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